Archive for the 'Environnement' Category

Le prix de l’essence

mercredi, octobre 24th, 2018

Apparemment le prix de l’essence a augmenté (dont les taxes). Je m’en suis rendu compte sur les réseaux sociaux, où les pétitions et les appels à « bloquer le périph » ont fleuri comme on aimerait qu’ils fleurissent quand l’état matraque des manifestants, supprime la moitié des cotisations santé ou chômage, laisse les bateaux de migrants se noyer, … vous voyez où je veux en venir.

Mais là, on touche, semble-t’il, aux libertés fondamentales des citoyen·ne·s. Il s’agit, après tout, de l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme, qui stipule que

Toute personne a le droit de circuler librement

Qu’importe si cette déclaration ne mentionne ni « dans sa voiture », ni « pour pas cher ».

On retrouve sans surprise le panel habituel des arguments dès lors qu’on touche, même du bout du doigt, à la sacro-sainte automobile. Les automobilistes vaches à lait, bientôt il va falloir payer pour respirer, ou encore le fait que c’est encore les plus précaires qui vont morfler.

Je vais passer sur les deux premiers, bien que j’ai quand même envie de développer un peu à quel point « on va payer pour respirer » est un argument outrancier alors que le sujet est justement d’essayer de continuer à pouvoir respirer. Le troisième par contre possède un fond de vérité : en effet, les plus pauvres (enfin, les plus pauvres qui sont suffisamment riches pour avoir et entretenir une voiture) sont encore ceux qui vont subir le plus cette augmentation.

Comme pour l’énergie au sens large (électricité, chauffage), comme pour la TVA, comme pour la consommation de base, comme pour les frais bancaires, …

Les difficultés des ménages les plus pauvres sont bien plus profondes que de savoir s’iels pourront faire le plein pour aller faire les courses dans la ZI du coin. Les plus précaires hésitent entre acheter du café ou des pâtes, repoussent l’achat de produits de base pour payer leur loyer, payent leur téléphone trois fois plus cher que les autres car iels n’ont pas les moyens de le payer cash sans se lier pieds et poings à un opérateur.

Celleux que j’entends râler le plus sur l’augmentation du prix de l’essence, ce sont les classes moyennes, dont je fais partie. Cette augmentation a un plus gros impact sur leur mode de vie, parce qu’iels sont suffisamment à l’aise pour pouvoir se payer le confort d’aller travailler en voiture plutôt que de se taper les transports en commun ou les intempéries à vélo, ou bien encore parce que c’est trop loin et mal desservi… vu qu’iels sont tellement à l’aise qu’iels ont deux voitures par ménage, parce que c’est quand même plus pratique lorsqu’on est parti habiter en deuxième couronne de l’agglo du coin pour avoir une maison plus grande/pour moins cher, avec un jardin et une piscine de préférence.

L’étalement urbain est une plaie pour les individus, la société et la planète. Pour beaucoup, nous travaillons plus loin de chez nous que les gens ne partaient en vacances il y a à peine 80 ans. L’étalement urbain a de multiples causes qui sont difficiles à résoudre, mais sur lesquelles je suis persuadé qu’il serait bon de travailler. Il me semble qu’au niveau de la société, on a commencé à travailler dessus, avec de meilleurs et plus larges maillages de transport en commun pour celleux qui sont déjà loin, avec une urbanisation différente où l’on fait une meilleure place aux habitations collectives sans pour autant retomber dans le travers des « barres » des années 70 (on peut trouver moche et dommage la reconfiguration des quartiers où les petites maisons tombent les unes après les autres pour laisser pousser les petits immeubles des promoteurs immobiliers, mais cela me semble incontournable pour toutes les villes à la démographie positive).

© Andy Singer

Il y a encore pas mal de choses à faire cependant, des choses qui sont, pour l’instant, à chacun·e d’implémenter soi-même en attendant. Par exemple, je suis assez convaincu qu’une bonne partie de l’ « exode banlieusard » serait endiguée si le coût du transport individuel était pris en compte dans les calculs d’endettement pour les loyers ou les crédits. Certes, pour une surface identique, nous payons quelques centaines d’euros de moins par mois à Plaisance-du-Touch ou à Nailloux qu’à Toulouse. Cela permet à beaucoup de trouver un habitat suffisamment confortable pour leur famille tout en restant en dessous de 30% d’endettement. Mais finalement, le coût de leur transport fait perdre ce bénéfice financier immédiatement (Mappy nous indique que Nailloux-Toulouse ça fait environ 3.50€/trajet, 140€/mois ; Plaisance-Toulouse: 70€/mois, et cela prend en compte le carburant mais pas l’usure qui occasionne de l’entretien, ni le coût du parking). Multipliez par deux pour un couple. Sauf que cet argent, on ne peut le mettre dans son logement, ça dépasse les 30% d’endettement sinon.

J’ai mis trois ans à trouver une maison suffisamment grande pour notre famille de 5 avec un budget très limité. J’aurais pu la trouver en trois mois en partant à Saint-Jory ou à Nailloux. Sauf que mon crédit à 1000€/mois, je voulais qu’il soit limité de manière pérenne à 1000€/mois ; pas 1000 + 150€ de transport aujourd’hui, pas 1000 + 300€ dans dix ans. (et je ne voulais pas non plus en payer une partie invisible en passant 2 ou 3 heures par jour sur la route).

Alors, c’est facile de partir en mode outragé quand le poste essence augmente, ça donne bonne conscience de se cacher derrière les plus pauvres pour montrer l’injustice de la chose, mais ce qui serait honnête c’est de réfléchir un peu plus globalement au problème. On est en 2018, il est peut-être temps de se rendre compte que les transports, ça coûte cher, en termes d’argent et aussi en termes de temps. Que mathématiquement, plus jamais l’énergie ne coûtera moins cher que maintenant, plus jamais elle ne sera aussi abondante, plus on avance et plus elle sera rare et chère.

© Hergé

La seule solution pour ne pas être entraîné dans cette spirale, c’est de faire en sorte d’en avoir moins besoin.

  • Prendre en compte le coût du transport dans les calculs de coût d’habitation (évidemment le taux d’endettement autorisé devrait refléter la réalité, à savoir 40 à 50% du budget) ;
  • réguler les loyers ;
  • réguler l’économie 2.0 comme AirBnb qui a un effet désastreux sur le prix de l’immobilier en ville ;
  • Pousser fort vers les transports en commun et le vélo, avec (beaucoup) de parking relais, et des péages urbains
  • Densifier et mélanger les types d’activités (résidentiel, commerces, emploi) par quartier
  • Aller vers des voitures légères et économes

Quelques chiffres sur l’utilisation de l’automobile en France :

C’est à dire que pour aller travailler tout seul à 10km de chez lui, le CSP moyen de base déplace 1500kg de voiture pour 70kg de charge utile, ça lui prend au moins autant de temps qu’à vélo, ça fait 1kg de CO2, 70cl d’essence (soit deux canettes), 25 MJ d’énergie (autant que la consommation journalière de ma maison entière, chauffage exclus). À titre de comparaison, 10km à vélo, c’est 0.2 MJ.

Alors au lieu de se plaindre du coût de l’essence, peut-être qu’il serait bon de s’acheter une décence et d’arrêter le gaspillage facteur 125 d’énergie, hein ?

(J’ai demandé à mon collègue qui va chercher son sandwich du midi en voiture à 400 mètres, à quel prix au litre il commencerait à y aller à pieds. Il a dit « No limit, ça fait pas beaucoup d’essence ». Du coup, bah,… je pense que l’essence est pas assez chère.)

Un petit dessin animé sur les différents leviers de lutte contre l’étalement urbain (on voit qu’il faut une volonté politique forte) :

 

La croissance ne peut pas être verte

jeudi, septembre 27th, 2018

[Cet article est une traduction de Why growth can’t be green, de Jason Hickel. Merci à lui de m’avoir permis de le traduire et de le publier.]

Les signes avant-coureurs d’une catastrophe écologique sont maintenant partout. Au fil des dernières années, les journaux les plus sérieux, comme le Guardian et le New York Times, ont publié des articles alarmants sur la surexploitation des sols, la déforestation, l’effondrement des populations de poissons et d’insectes. Ces crises sont dues à la croissance économique globale, ainsi qu’à la consommation qui l’accompagne, qui détruisent l’écosystème terrestre et explosent les curseurs-clés de la planète, ceux que les scientifiques exhortent à respecter pour éviter de déclencher un effondrement.

Beaucoup de décideurs leur ont répondu en poussant vers ce que l’on appelle maintenant la « croissance verte ». Tout ce qu’on a à faire, disent-ils, est d’investir dans de nouvelles technologies, plus efficientes, et de pousser le monde dans la bonne direction ; et nous serons en mesure de continuer à croître tout en réduisant notre impact sur la nature – impact qui est déjà à un niveau non soutenable. En termes techniques, le but est d’arriver à un « découplage absolu » du PIB et de l’utilisation des ressources naturelles, selon la définition des Nations Unies.

Cela ressemble à une solution élégante à ce problème potentiellement catastrophique. Il n’y a qu’un souci : de nouvelles données suggèrent que la croissance verte (aussi connue sous le nom de développement durable) n’est pas la panacée que tout le monde espérait. En réalité, ce n’est même pas le début d’une solution.

La croissance verte est devenue un concept à la mode en 2012, à la conférence des Nations Unies sur le Développement Durable, à Rio de Janeiro. Lors des préparatifs de cette conférence, la Banque Mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’UNEP (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) ont toutes trois produit des rapports en faveur de la croissance verte. Aujourd’hui, c’est une pièce centrale des Objectifs de Développement durable des Nations Unies.

Mais la promesse du développement durable, finalement, semble plus basée sur un vœu pieux que sur la science. Depuis la conférence de Rio, trois études majeures, basées sur l’observation participante, sont arrivées à la même conclusion : même dans les meilleures conditions, le découplage absolu du PIB et des ressources naturelles n’est pas possible à l’échelle mondiale.

Une équipe de scientifiques dirigée par la chercheuse allemande Monika Dittrich a commencé à lever un doute dès 2012. L’équipe a utilisé un modèle informatique pour prédire l’utilisation globale des ressources naturelles si la croissance économique continue à son rythme actuel, environ 2 à 3% par an. Cette étude a déterminé que la consommation humaine des ressource naturelles (incluant le poisson, le bétail, les forêts, les métaux, les minéraux et les combustibles fossiles) augmenteraient, de 70 milliards de tonnes par an (en 2012), à 180 milliards de tonnes par an en 2050. Pour rappel, le niveau durable d’utilisation des ressources est d’environ 50 milliards de tonnes/an ; un cap que nous avons franchi en l’an 2000.

L’équipe allemande a ensuite réutilisé son modèle pour déterminer ce qui se passerait si tous les pays du monde, ensembles, adoptaient immédiatement les meilleures pratiques d’utilisation des ressources – une hypothèse extrêmement optimiste. Les résultats se sont améliorés ; mais restaient tout de même à 93 milliards de tonnes/an en 2050. C’est toujours beaucoup plus que ce que nous consommons aujourd’hui. Brûler toutes ces ressources est difficile à décrire comme un découplage absolu ou un développement « durable ».

En 2016, une deuxième équipe de scientifiques a vérifié une autre hypothèse, une hypothèse dans laquelle les pays du monde entier se mettraient d’accord pour aller plus loin que l’état de l’art en termes d’efficience. Dans leur meilleur scénario, les chercheurs imaginant une taxe carbone de 236 dollars la tonne – contre 50 dollars actuellement – ainsi que des innovations techniques en mesure de multiplier par deux le rendement de notre utilisation des ressources. Leur résultat fut presque exactement identique à celui de l’équipe de Dittrich. Dans ces conditions, avec une croissance de 3% par an, leur algorithme a déterminé une consommation de 95 milliards de tonnes en 2050. Toujours pas de découplage absolu.

Enfin, l’année dernière (en 2017), l’UNEP – qui était auparavant un grand défenseur de la théorie du développement durable – a contribué au débat. Ils ont testé un scénario dans lequel la taxe carbone monte à 537$ la tonne, ajouté une taxe sur l’extraction des ressources, et imaginé de rapides progrès technologiques, impulsés avec l’aide des gouvernements. Le résultat ? 132 milliards de tonnes en 2050. Ce résultat, pire encore que ceux des précédentes études, est dû au fait que l’UNEP a pris en compte l’ « effet rebond », où les améliorations du rendement des matières premières entraînent une baisse des prix, augmentant par là-même la demande, et annulant une bonne partie des économies de ressources.

Etude après étude, on retrouve les mêmes résultats. Les scientifiques commencent à réaliser qu’il y a des limites physiques au rendement que l’on peut atteindre. Bien sûr, nous pourrons probablement fabriquer des voitures, des iPhones et des gratte-ciels avec moins de ressources, mais nous ne pourrons pas les produire ex-nihilo. Peut-être que l’économie passera graduellement plus vers le tertiaire, comme l’éducation ou les cours de yoga, mais même les universités et les salles de gym ont besoin de matériel.

Lorsque nous aurons atteint les limites de rendement, toute croissance, aussi minime soit-elle, augmentera mathématiquement l’utilisation des ressources naturelles.

Ces problèmes jettent un froid sur tout le concept de développement durable, et nous demandent d’y repenser d’une manière radicalement différente. Les trois études citées plus haut étaient basées sur des curseurs placés d’une manière très optimistes. Nous ne sommes absolument pas sur le point d’instaurer une véritable taxe carbone globale, et certainement pas à 600 dollars/tonne ; d’autre part le rendement des ressources naturelles est, actuellement, sur une pente descendante. Et pourtant ces études nous indiquent que, même en faisant tout au mieux, le découple absolu du PIB et des ressources est un but inatteignable, et que nos problèmes environnementaux vont continuer d’empirer.

Empêcher cela demandera un changement radical de paradigme. Des taxes élevées, des innovations technologiques pourront nous aider, mais ne seront pas suffisantes. La seule chance réaliste que l’humanité aie pour éviter un effondrement écologique, serait d’imposer des quotas stricts sur l’utilisation des ressources, comme l’a récemment proposé l’économiste Daniel O’Neill. De tels quotas, imposés par les gouvernements nationaux ou par des traités internationaux, pourraient permettre d’éviter d’extraire plus de la Terre (et de l’eau) que la planète n’est capable de régénérer. Nous pourrions aussi laisser de côté le PIB en tant qu’indicateur de succès économique, et utiliser des mesures plus équilibrées, comme l’Indicateur de Progrès Véritable (IPV), qui prend en compte pollution et utilisation des ressources naturelles. Utiliser l’IPV nous aiderait à maximiser les résultats positifs socialement tout en minimisant notre impact écologique.

Dans tous les cas, la conclusion est évidente. A long terme, ramener notre civilisation à un niveau planétairement acceptable nous forcera à nous libérer de notre dépendance à la croissance – en commençant par les pays riches. Cela semble plus terrifiant que ça ne l’est réellement. En terminer avec la croissance ne veut pas dire arrêter toute activité économique – cela signifie simplement que l’année prochaine, nous ne produirons, et ne consommerons, pas plus que cette année. Cela signifie aussi de se détourner des secteurs particulièrement polluants et tout à fait inutiles à la vie humaine, comme la publicité, les déplacements pendulaires ou encore les produits à usage unique.

En finir avec la croissance ne veut pas pour autant dire que nos standards de vie doivent en pâtir. Notre planète fournit largement suffisamment pour nous tous ; mais ses ressources sont très inégalement réparties. Nous pourrions, dès aujourd’hui, améliorer la vie des gens rien qu’en partageant ce qui est disponible, sans ravager la Terre pour en avoir plus. Peut-être que la fin de la croissance sera synonyme de meilleurs services publics ? De revenu universel ? Ou peut-être d’une semaine de travail plus courte, permettant de diminuer la production sans augmenter le chômage. C’est le genre de politiques – celles-ci, et beaucoup d’autres – qui nous seront cruciales pour non seulement traverser le XXIème siècle, mais aussi s’y épanouir.

Cet article et la photo ont été publiées à l’origine dans Foreign Policy Magazine, en 2018.

Le jour du dépassement, les colibris et les autres

mercredi, août 1st, 2018

Depuis plusieurs années, notre surconsommation de ressources est symbolisée par le « Jour du dépassement », le jour de l’année où l’on a consommé toutes les ressources que la Terre est capable de fournir en un an.

Fort logiquement, si l’on arrive à ce jour avant le 31 décembre, cela signifie qu’à long terme, nous manquerons de ressources, car elles ne se renouvelleront plus assez vite. Dans les années 70, le Jour du Dépassement arrivait fin décembre. On tirait, un tout petit peu, sur la corde.

Cette année, en 2018, il est arrivé le 1er août, à peine à 7 douzièmes de l’année. Il est évident que c’est problématique.

Depuis longtemps, cette surconsommation m’agace, et je suis prompt à râler sur mes concitoyen·ne·s qui n’en ont rien à carrer. Celleux qui prennent la voiture pour aller chercher leur sandwich à la boulangerie à 500m, parce que là il pleut fort, quand même. Celleux qui laissent le moteur tourner, fenêtres fermées pour la clim, en attendant leur rendez-vous, parce que là il fait chaud, quand même. Celleux qui règlent la climatisation à 19°C en pleine canicule et le chauffage à 26°C en plein hiver. Celleux qui s’installent à 30km de la ville, pour avoir assez de place pour installer une piscine (chauffée si possible !), et qui dépendent intégralement d’une voiture par personne pour pouvoir vaquer à leurs occupations.

Bref :

Je juge !

Tandis que moi, tel le colibri de la fable de la secte de Pierre Rahbi qui sait bien que ce n’est pas avec ses gouttes d’eau qu’il va éteindre le feu de la forêt mais qui fait quand même sa part, tandis que moi donc, je m’efforce de ne pas déplacer 1 tonne de voiture sur 9km pour aller travailler, je trie bien mes déchets et je fais du compost, je n’imprime pas cet email et j’éteins l’eau quand je me brosse les dents.

Je me rends bien compte que ça ne sert à rien, mais ça donne l’impression d’essayer. Parce que sinon, les alternatives sont peu enthousiasmantes : on pourrait

  • voter Vert. Ça sert à rien, ils seront jamais élus. Mais on pourrait dire qu’on a voté vert.
  • tout plaquer pour aller vivre dans des yourtes avec les autres hippies. C’est un peu engagé, et puis les dernier·e·s qui ont essayé se sont pris de la grenade GLI-F4 par dizaine dans la gueule.
  • Décider que fuck it, et espérer que ça ira à peu près jusqu’à ce qu’on soit mort et nos enfants aussi (parce que quand même c’est triste de laisser un champ de bataille à nos enfants).

Parce que je me rends bien compte que ce qui serait nécessaire pour endiguer ça, c’est une volonté commune et mondiale. Une volonté politique. Une volonté politique contraignante, celle qu’on appelle l’écologie punitive, c’est la seule qui fonctionnera, parce que l’écologie joyeuse où on continue de consommer comme maintenant mais avec une voiture électrique et des panneaux solaires sur les toits ça suffira jamais, parce qu’environ toutes les industries qu’on sur-sollicite polluent horriblement.

  • L’industrie pétrolière pollue (on en a besoin pour les transports, le chauffage et à peu près toutes les autres industries).
  • L’industrie textile pollue.
  • L’industrie électronique pollue.
  • L’industrie agro-alimentaire pollue.
  • L’industrie du BTP pollue.
  • L’industrie des loisirs pollue.
  • (j’en oublie plein. Dites moi lesquelles en commentaire, ça changera des insultes)

Alors non, ça va pas être drôle quand ça sera devenu presque impossible d’acheter des vêtements pas chers, provenant de l’autre bout de la planète par bateau. Ça va être pénible quand les smartphones coûteront cinq fois plus cher que maintenant, qu’un billet d’avion sera inabordable sans casser le PEL, et que même remplir le réservoir de sa voiture sera réservé aux plus riches.

Sauf que voilà, si on se met à faire des efforts maintenant, ça va être problématique pour les plus riches actuels, justement. Ceux qui s’enrichissent sur le dos des travailleurs qu’ils exploitent (jusqu’à la mort) dans les usines de t-shirts à 4.99€, ceux qui s’enrichissent sur le dos des plus grandes forêts du monde sans se soucier d’où iront les orang-outangs qui y habitent, ceux qui réfrigèrent le permafrost artificiellement pour que les hydrocarbures qu’ils extraient puissent continuer à réchauffer le reste.

Si on arrête de les laisser faire, ils vont avoir moins d’argent. Ils ont besoin de tout cet argent pour que ça ruisselle. Non je blague. Ils ont besoin de tout cet argent pour pouvoir émigrer au Groënland quand le reste de la planète sera inhabitable.

Et s’ils ont moins d’argent, les gens qu’on élit pour nous représenter auront moins d’argent. Alors les gens qu’on élit laissent faire et facilitent. Ils votent des accords de libre échange commercial dans tous les sens, reculent sur l’emploi de pesticides, sur les hydrocarbures, déconstruisent les protections sociales et évidemment, rejettent toute amélioration des conditions des travailleur·euse·s. La stabilité, la solidarité, ça coûte cher.

(Oui, je fais des raccourcis, faites moi un procès).

Jusqu’à l’année dernière, je m’étais fait une raison : depuis aussi loin que je m’en souvienne, aucun de nos élus successifs n’en avait quoi que ce soit à foutre de l’écologie. Alors qu’ils se soient comportés comme s’ils n’en avaient rien à foutre, finalement, c’était pas plus choquant que ça.

Mais cette année, ça m’a particulièrement agacé, parce que la bande de bras cassés* qui est actuellement aux commandes fait semblant que ça l’intéresse :

 

 

Et je pense que j’avais jamais vu autant de cynisme dans un seul gouvernement. Alors j’ai râlé sur Twitter, et comme j’avais encore envie de râler après, j’ai râlé ici.

Mais si ça se trouve je me trompe complètement et heureusement qu’on fait comme maintenant, parce que si les pauvres étaient moins pauvres et les riches moins riches ce serait pire :

La transition énergétique c’est magique

mardi, juin 24th, 2014

Je découvre ce midi dans mon fil d’actualités que le ministère de l’Écologie a lancé un site pour communiquer autour de la transition énergétique, votreenergiepourlafrance.fr.

Il y a une présentation plus en profondeur du projet de loi ; On pourra y découvrir du bon et du moins bon.

Du côté du bon, on y lit que la « transition énergétique vise à préparer l’après-pétrole », et je crois que c’est la première fois que je lis cela en termes aussi clairs dans une communication gouvernementale, ou encore que cette transition offre aussi une chance économique qui devrait créer de l’emploi.

On y trouve plein de mesures de bon sens pour améliorer l’isolation thermique des bâtiments, tant publics que privés, avec des facilitateurs économiques (prêts à taux zéro, chèque énergie, allègements fiscaux, tiers financeurs) et de nouvelles règles (urbanisme, copropriété).

Par contre, dans le domaine du transport, il suffira d’ « inciter à l’utilisatisation de modes de déplacements alternatifs pour les déplacements de courte distance » pour que par magie, les gens décident qu’ils vont arrêter de faire en voiture « 1 déplacement de moins de 3 km sur 2, et 1 sur  4 de moins d’1 km ». (En plus ils se sont trompés dans leur PDF, ils ont inversé et ça veut plus rien dire).

Pour les inciter à moins prendre leur voiture, 9 actions concrètes, nous promet-on ! Dont :

1) Bonus pour l’achat d’une voiture électrique

2) Points de recharge pour voitures électriques sur tout le territoire

3) Nouveaux espaces de stationnement avec bornes de recharge

4) Les maires pourront autoriser les voitures électriques à rouler sur les voies de bus

Ah ben grave les gens ils vont penser à faire autrement que prendre leur voiture !

Les cinq autres actions concernent le rail, la recherche sur les véhicules du futur, le covoiturage et l’auto-partage, et « La grande distribution devra réduire ses émissions de gaz à effet de serre liées au transport et à la logistique, de 10 % d’ici à 2020, et de 20 % d’ici à 2025. » (en serrant les fesses ?)

Alors évidemment, une fois que « tous les Français auront l’accès à un véhicule électrique », personne n’a l’air de s’être posé la question de comment on va les recharger.

En France, en 2006, le total de carburant routier consommé équivaut à 503 TWh. Sur le site dont est issu ce chiffre, suivent les calculs de rendement de la production, transport et stockage de l’électricité nécessaire à des véhicules électriques remplaçant tout ce mazout, et on arrive à une production d’électricité augmentée de 417 TWh.

Sachant qu’en France en 2012, on a produit 561,2 TWh d’électricité dont 425 avec du nucléaire et 82 avec du renouvellable.

Ça va être dur.

Comme sur le site ils me demandent mon avis, je me suis fait un plaisir de le leur donner et j’espère bien que je ne serais pas le seul.

Comme vous l’attendiez tous, voilà mon avis pour Mme Royal et ses amis du ministère des ronds dans l’eau qui fait de l’écologie :

À lire ce projet de loi, j’ai l’impression d’une gigantesque part prévue pour la voiture électrique. Sans doute pour justifier le nucléaire ? Les voitures électriques ne font que déporter la pollution (et ne règlent absolument pas les problèmes d’encombrement). Soyez plus ambitieux sur les modes de transports actifs (marche à pied, vélo), les transports en commun et l’intermodalité. Prenez exemple sur nos voisins Hollandais, Allemands, Danois.

Lisez attentivement le rapport de l’ADEME : http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?cid=96&m=3&id=90511&p1=00&p2=12&ref=17597

Les transports propres passeront nécessairement par une réduction de l’énergie dépensée pour transporter les personnes. Une voiture électrique utilise encore plus de 90% de son énergie pour déplacer son propre poids… C’est du gâchis.

On ne pourra pas faire une transition vers des énergies renouvelables si l’on essaye de déplacer les plus de 500TWh fournis par les carburants pour le transport routier par leur équivalent électrique.

Soyez ambitieux, arrêtez de repousser, de tremper un orteil, de faire dans la demi-mesure qui donne bonne conscience. Nos enfants en ont besoin.

On peut le retrouver sur leur site.

Je suis pressé, je prends ma voiture

mardi, mai 13th, 2014

Ils me font rigoler, tous ces bobos cyclistes qui n’ont rien à faire de leur temps ! S’ils avaient un vrai travail et des responsabilités comme moi, ils prendraient leur voiture comme les gens normaux.

En plus, ces emmerdeurs sont tellement sur une autre planète qu’ils prennent toute la place sur ma route, ils me ralentissent et à chaque fois qu’il y en a un devant moi je suis obligé de faire vrombir mon moteur pour qu’il dégage contre le trottoir ! C’est qu’avec tous ces feux rouges faut appuyer entre deux feux, hein ! Sinon ça rame !

J’ai 120 chevaux, moi !

Je  comprends pas, en plus ils ont l’air contents de nous faire pourrir la vie, pourtant ils ont trop froid, ou trop chaud, et en plus des fois il pleut des gouttes d’eau qui mouille !

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