DIY: Intégration esthétique d’un lecteur de musique réseau

Après la configuration logicielle d’un lecteur de musique en réseau, basé sur un Raspberry Pi, il me restait à l’intégrer d’une manière esthétique à l’ampli auquel je comptais le brancher. J’ai eu la chance de tomber sur un vendeur eBay extrêmement sympathique, à qui j’ai demandé après avoir vu qu’il vendait un certain nombre d’amplis TA-88 et de tuners ST-88, s’il n’en avait pas un défectueux qu’il vendrait moins cher. Mon but était de récupérer le châssis pour y intégrer une touche de XXIè siècle. Pour mon plus grand plaisir, il m’a répondu « J’en ai un endommagé que je peux vous offrir – juste pour les frais de ports ». (C’est tellement enthousiasmant qu’il y aie des inconnus aussi gentils avec des inconnus dans le monde)

Je l’ai reçu hier. C’était un tuner, un ST-80, légèrement plus vieux mais au design identique. Le bouton du tuner tournait dans le vide, l’ampoule était grillée, et le bouton power cassé. Je l’ai ouvert, vidé de ses entrailles :

Les entrailles d’un Sony ST-80.

J’étais un peu déçu au début que le bouton power soit cassé, car c’était l’un des seuls éléments d’origine que je comptais utiliser. Par la suite, j’ai remarqué qu’il allait vouloir occuper le même espace physique que le câble HDMI de l’écran, et cela m’a rassénéré sur mon deuxième choix : utiliser l’un des trois autres boutons comme bouton power.

La façade, avec les marques au crayon pour la découpe

Je me suis attelé à découper la façade suivant les pointillés. J’ai utilisé mon Dremel et de nombreux petits disques de découpe, qui sont très fragiles et s’usent vite quand ils n’éclatent pas avant. La largeur de l’affichage de l’écran, au millimètre, correspondait au diamètre de l’afficheur du tuner. Le plus difficile après la découpe a été de décoller proprement le reste de la plaque d’aluminium sans la tordre. J’ai ensuite enlevé le plastique restant de la partie haute de la façade.

Découpe à la scie à main

Puis j’ai commencé à intégrer le Raspberry et son alimentation dans le châssis :

Le Raspberry à sa place

J’ai dû changer le support prévu : car autant le Raspberry lui même est compact, autant la taille comparativement gigantesque des prises USB empêchait d’installer la plaque initialement prévue. J’ai donc installé le Raspberry verticalement (le châssis est sur le dos dans la photo ci-dessus), et l’alimentation à plat au fond.

Le châssis avec toute l’électronique

J’ai aussi enlevé la prise double RCA que j’avais précédemment soudée, pour ré-utiliser celles présentes à l’arrière du tuner. 

Le châssis auquel il ne manque plus que l’écran

Installer l’écran a été à la fois plus simple et plus compliqué que j’imaginais. En effet, la carte électronique sur laquelle il repose est plus large que la surface d’affichage. Et elle est pile plus large que l’intérieur du châssis. J’ai dû couper deux des quatres plots permettant de le visser, et n’ai donc pas pu l’installer sur des supports latéraux comme prévu. Par contre, des encoches dans le châssis permettent de le placer exactement comme désiré, sans qu’il ne tombe. Quant à la plaque de façade, sur laquelle j’ai collé des baguettes de bois de renfort sur chacun des côtés, elle entre en forçant légèrement, et tient en place par friction.

Le résultat est plutôt à la hauteur de mes espérances :

(crédit musique : Synthetic Truth par digitalr3public)

DIY: Configuration d’un lecteur de musique réseau

J’ai reçu à mon anniversaire une petite chaîne hifi pour le salon du haut/chambre d’amis, et j’ai voulu lui adjoindre un lecteur réseau pour pouvoir lire notre musique facilement, comme dans la salle de vie en bas.

En bas, j’avais eu la chance de tomber sur un Pioneer N-30 d’occasion, parce qu’à 500€ neuf, pas moyen que je l’achète autrement. Par contre pour haut ça n’a pas été possible car

  • y’en avait pas à un prix acceptable
  • ça aurait été moche comme tout avec ce petit set Sony TA-88/ST-88, non ?
Sony TA-88, ST-88 (et casque Pioneer SE-L40)

Je me suis donc décidé à en monter un moi-même. Pour faire un truc comme ça, la meilleure solution, c’est un Raspberry. Les Raspberry, c’est, en gros, un ordinateur de la taille d’une carte de crédit et de la puissance d’un ordinateur de 2010. Ça fonctionne sous Linux, il y a énormément de ressources sur Internet sur le sujet et, bien que je n’irai pas jusqu’à dire que tout le monde peut s’y mettre, c’est quand même une des portes d’entrées les plus larges pour commencer à adapter du logiciel à ses besoins. 

Les courses

J’ai donc fait une liste de courses (dans laquelle j’avais déjà quelques éléments qui traînaient, mais je mets tout pour celleux qui partent de zéro) :

L’installation

J’ai choisi de tester (puis j’ai adopté) Runeaudio, une distribution Linux Raspberry qui fait exactement ce que je cherche : lecture de fichiers audio à travers un partage réseau, et « récepteur » AirPlay et DLNA. 

J’ai téléchargé la version Runeaudio 0.5 beta 20180903, qui supporte le Pi 3B+. Attention, il y a plusieurs liens de téléchargements. Bien prendre la version pour le Pi 3B+, à savoir 20180903_runeaudio_rpib2.img.gz.

Ce fichier se dézippe, puis on l’écrit tel quel sur la carte microSD à l’aide d’un logiciel spécialisé (dd sous Linux). Raspberry fournit des documentations pour le faire à partir de Linux, Windows ou OS X. Ils le disent clairement mais ça ne fait pas de mal de le répéter : faites très attention au périphérique de destination, ou vous pourriez écraser le mauvais disque.

Il faut ensuite configurer deux choses : l’écran tactile, et le DAC. Pour le DAC, c’est très facile : il n’y a rien à faire.

Pour l’écran tactile, le manuel très fin qui vient avec nous indique de modifier et/ou ajouter quelques lignes au fichier /boot/config.txt, qui se trouve à la racine de la première partition de la carte SD (d’environ 100Mo) :

max_usb_current=1
hdmi_group=2
hdmi_mode=87
hdmi_drive=1
hdmi_cvt=1024 600 60 6 0 0 0

Attention, certaines de ces lignes sont déjà là et doivent être modifiées ou décommentées. Personnellement j’ai aussi ajouté :

display_rotate=3
lcd_rotate=3

Car je voulais mettre l’écran en mode paysage. Ces paramètres pivotent l’écran, mais pas la matrice tactile, pour laquelle il faut modifier le fichier /etc/X11/xinit/xinitrc, qui se trouve dans la deuxième partition de la carte SD (d’environ 4Go), pour y ajouter la ligne :

xinput --set-prop "WaveShare WS170120" "Coordinate Transformation Matrix" 0 -1 1 1 0 0 0 0 1

Il reste à pré-configurer le Wifi, pour ne pas avoir à brancher de câble réseau. Cela se fait dans le fichier /etc/netctl/wlan0 (à créer, sans extension) :

Description='wlan0 connection'
Interface=wlan0
Connection=wireless
Security=wpa-configsection
IP=dhcp
WPAConfigSection=(
'ssid="
VOTRE_POINT_DACCES"'
'psk="
VOTRE_CLE_WPA"'
'key_mgmt=WPA-PSK'
'proto=WPA'
'group=TKIP'
'pairwise=TKIP'
'priority=3'
)

On peut maintenant assembler les différents éléments et démarrer le Pi !

Connexions et démarrage

La première étape sera de souder les broches du DAC, ainsi que ses prises RCA, et de souder le jack d’alimentation sur l’entrée du convertisseur 12-5V (ne pas confondre le plus et le moins surtout, utilisez un multimètre si nécessaire). J’ai utilisé des câbles pour pouvoir les faire sortir où je le voudrai sur le châssis.

Le jack d’alimentation
Les soudures du DAC

Ensuite, on branche le DAC sur le port d’extension du Raspberry.

Installation du DAC

On branche un câble USB – Micro USB du convertisseur vers l’entrée du Pi.

Câble d’alimentation

On branche le côté data (fil épais) du doubleur de puissance USB sur un port du Pi, puis le côté « power only » sur une autre sortie du convertisseur (ceci est nécessaire car l’écran consomme plus que ne peut fournir le Pi sur un port USB).

Doubleur de puissance USB

On branche un câble USB – Micro USB du doubleur vers l’entrée USB de l’écran.

Câble USB vers l’écran
Câble HDMI vers l’écran

On branche le câble HDMI.

On met la carte SD, et on branche l’alimentation. L’écran n’est pas utilisé par défaut sur Runeaudio; il faut donc, une fois le Pi démarré, se connecter par un navigateur à http://runeaudio.local/ (ou http://runeaudio.lan/ ou http://runeaudio/, cela dépend des box internet. Au pire, il faudra aller récupérer son IP sur la box, puis s’y connecter directement.

De là, on peut aller activer l’écran LCD par le Menu, puis Settings : Local browser :

Choix du local browser

On peut aussi en profiter pour activer le DAC (choisir HifiBerry DAC dans la liste dans Settings, puis redémarrer le Pi) :

Choix du module noyau hifiberry-dac

Il faut aussi régler la sortie de MPD sur le DAC après redémarrage :

Réglage de MPD

Et voilà, la partie informatique/logicielle est prête. Il reste à mettre tout cela dans une belle boîte, ce qui fera l’objet d’un deuxième article.

Ensuite, j’ai attendu patiemment l’arrivée d’un tuner identique et défecteux, et quand il est arrivé, j’ai installé le Raspberry dedans : Partie deux, intégration esthétique d’un lecteur de musique réseau.

DIY : Fabriquer un placard à épices

Pour faire de la place dans notre placard de cuisine, on s’est dit que les épices seraient vraiment mieux ailleurs – on en a pas mal. Mais où ? On avait 9 centimètres de perdus entre le mur et le frigo, et on s’est dit qu’un genre de tiroir-placard coulissant ferait parfaitement bien le job. On a trouvé des pots de 6cm de diamètre, j’ai changé les proportions de l’étagère à vernis à ongles que j’avais fait pour Abi, et je me suis lancé dans le plan :

Les dimensions retenues sont 1 m de haut par 46.6 de large. Les étagères sont espacées de 14cm (12.2cm entre le haut d’une étagère et le bas de la suivante). Cela permet de mettre 49 pots de 6cm de diamètre, 7 par étage.

La liste des pièces.

Je n’ai pas pris de photo du montage, j’ai oublié. Il est assez simple : chaque planche d’aulne est vissée au fond – le plus difficile est de placer les étagères au bon endroit. Pour ma part je commence avec les montants verticaux, qui sont faciles à positionner ; puis avec chaque étagère, dont le bas est à 14cm du bas de la précédente. En faisant des pré-trous, puis en vissant d’un côté, puis de l’autre par en dessous, cela fonctionne bien. Pour la deuxième et l’avant-dernière, on visse avec une glissière.

Ensuite il reste à coller les rebords anti-chute, à l’étagère et sur les côtés. Puis vernir.

L’installation au mur nécessite d’être deux personnes, pour que l’une soutienne le placard pendant qu’une deuxième visse les glissières au mur.

Et voici le résultat :

 

Le prix de l’essence

Apparemment le prix de l’essence a augmenté (dont les taxes). Je m’en suis rendu compte sur les réseaux sociaux, où les pétitions et les appels à « bloquer le périph » ont fleuri comme on aimerait qu’ils fleurissent quand l’état matraque des manifestants, supprime la moitié des cotisations santé ou chômage, laisse les bateaux de migrants se noyer, … vous voyez où je veux en venir.

Mais là, on touche, semble-t’il, aux libertés fondamentales des citoyen·ne·s. Il s’agit, après tout, de l’article 13 de la Déclaration des Droits de l’Homme, qui stipule que

Toute personne a le droit de circuler librement

Qu’importe si cette déclaration ne mentionne ni « dans sa voiture », ni « pour pas cher ».

On retrouve sans surprise le panel habituel des arguments dès lors qu’on touche, même du bout du doigt, à la sacro-sainte automobile. Les automobilistes vaches à lait, bientôt il va falloir payer pour respirer, ou encore le fait que c’est encore les plus précaires qui vont morfler.

Je vais passer sur les deux premiers, bien que j’ai quand même envie de développer un peu à quel point « on va payer pour respirer » est un argument outrancier alors que le sujet est justement d’essayer de continuer à pouvoir respirer. Le troisième par contre possède un fond de vérité : en effet, les plus pauvres (enfin, les plus pauvres qui sont suffisamment riches pour avoir et entretenir une voiture) sont encore ceux qui vont subir le plus cette augmentation.

Comme pour l’énergie au sens large (électricité, chauffage), comme pour la TVA, comme pour la consommation de base, comme pour les frais bancaires, …

Les difficultés des ménages les plus pauvres sont bien plus profondes que de savoir s’iels pourront faire le plein pour aller faire les courses dans la ZI du coin. Les plus précaires hésitent entre acheter du café ou des pâtes, repoussent l’achat de produits de base pour payer leur loyer, payent leur téléphone trois fois plus cher que les autres car iels n’ont pas les moyens de le payer cash sans se lier pieds et poings à un opérateur.

Celleux que j’entends râler le plus sur l’augmentation du prix de l’essence, ce sont les classes moyennes, dont je fais partie. Cette augmentation a un plus gros impact sur leur mode de vie, parce qu’iels sont suffisamment à l’aise pour pouvoir se payer le confort d’aller travailler en voiture plutôt que de se taper les transports en commun ou les intempéries à vélo, ou bien encore parce que c’est trop loin et mal desservi… vu qu’iels sont tellement à l’aise qu’iels ont deux voitures par ménage, parce que c’est quand même plus pratique lorsqu’on est parti habiter en deuxième couronne de l’agglo du coin pour avoir une maison plus grande/pour moins cher, avec un jardin et une piscine de préférence.

L’étalement urbain est une plaie pour les individus, la société et la planète. Pour beaucoup, nous travaillons plus loin de chez nous que les gens ne partaient en vacances il y a à peine 80 ans. L’étalement urbain a de multiples causes qui sont difficiles à résoudre, mais sur lesquelles je suis persuadé qu’il serait bon de travailler. Il me semble qu’au niveau de la société, on a commencé à travailler dessus, avec de meilleurs et plus larges maillages de transport en commun pour celleux qui sont déjà loin, avec une urbanisation différente où l’on fait une meilleure place aux habitations collectives sans pour autant retomber dans le travers des « barres » des années 70 (on peut trouver moche et dommage la reconfiguration des quartiers où les petites maisons tombent les unes après les autres pour laisser pousser les petits immeubles des promoteurs immobiliers, mais cela me semble incontournable pour toutes les villes à la démographie positive).

© Andy Singer

Il y a encore pas mal de choses à faire cependant, des choses qui sont, pour l’instant, à chacun·e d’implémenter soi-même en attendant. Par exemple, je suis assez convaincu qu’une bonne partie de l’ « exode banlieusard » serait endiguée si le coût du transport individuel était pris en compte dans les calculs d’endettement pour les loyers ou les crédits. Certes, pour une surface identique, nous payons quelques centaines d’euros de moins par mois à Plaisance-du-Touch ou à Nailloux qu’à Toulouse. Cela permet à beaucoup de trouver un habitat suffisamment confortable pour leur famille tout en restant en dessous de 30% d’endettement. Mais finalement, le coût de leur transport fait perdre ce bénéfice financier immédiatement (Mappy nous indique que Nailloux-Toulouse ça fait environ 3.50€/trajet, 140€/mois ; Plaisance-Toulouse: 70€/mois, et cela prend en compte le carburant mais pas l’usure qui occasionne de l’entretien, ni le coût du parking). Multipliez par deux pour un couple. Sauf que cet argent, on ne peut le mettre dans son logement, ça dépasse les 30% d’endettement sinon.

J’ai mis trois ans à trouver une maison suffisamment grande pour notre famille de 5 avec un budget très limité. J’aurais pu la trouver en trois mois en partant à Saint-Jory ou à Nailloux. Sauf que mon crédit à 1000€/mois, je voulais qu’il soit limité de manière pérenne à 1000€/mois ; pas 1000 + 150€ de transport aujourd’hui, pas 1000 + 300€ dans dix ans. (et je ne voulais pas non plus en payer une partie invisible en passant 2 ou 3 heures par jour sur la route).

Alors, c’est facile de partir en mode outragé quand le poste essence augmente, ça donne bonne conscience de se cacher derrière les plus pauvres pour montrer l’injustice de la chose, mais ce qui serait honnête c’est de réfléchir un peu plus globalement au problème. On est en 2018, il est peut-être temps de se rendre compte que les transports, ça coûte cher, en termes d’argent et aussi en termes de temps. Que mathématiquement, plus jamais l’énergie ne coûtera moins cher que maintenant, plus jamais elle ne sera aussi abondante, plus on avance et plus elle sera rare et chère.

© Hergé

La seule solution pour ne pas être entraîné dans cette spirale, c’est de faire en sorte d’en avoir moins besoin.

  • Prendre en compte le coût du transport dans les calculs de coût d’habitation (évidemment le taux d’endettement autorisé devrait refléter la réalité, à savoir 40 à 50% du budget) ;
  • réguler les loyers ;
  • réguler l’économie 2.0 comme AirBnb qui a un effet désastreux sur le prix de l’immobilier en ville ;
  • Pousser fort vers les transports en commun et le vélo, avec (beaucoup) de parking relais, et des péages urbains
  • Densifier et mélanger les types d’activités (résidentiel, commerces, emploi) par quartier
  • Aller vers des voitures légères et économes

Quelques chiffres sur l’utilisation de l’automobile en France :

C’est à dire que pour aller travailler tout seul à 10km de chez lui, le CSP moyen de base déplace 1500kg de voiture pour 70kg de charge utile, ça lui prend au moins autant de temps qu’à vélo, ça fait 1kg de CO2, 70cl d’essence (soit deux canettes), 25 MJ d’énergie (autant que la consommation journalière de ma maison entière, chauffage exclus). À titre de comparaison, 10km à vélo, c’est 0.2 MJ.

Alors au lieu de se plaindre du coût de l’essence, peut-être qu’il serait bon de s’acheter une décence et d’arrêter le gaspillage facteur 125 d’énergie, hein ?

(J’ai demandé à mon collègue qui va chercher son sandwich du midi en voiture à 400 mètres, à quel prix au litre il commencerait à y aller à pieds. Il a dit « No limit, ça fait pas beaucoup d’essence ». Du coup, bah,… je pense que l’essence est pas assez chère.)

Un petit dessin animé sur les différents leviers de lutte contre l’étalement urbain (on voit qu’il faut une volonté politique forte) :

 

La croissance ne peut pas être verte

[Cet article est une traduction de Why growth can’t be green, de Jason Hickel. Merci à lui de m’avoir permis de le traduire et de le publier.]

Les signes avant-coureurs d’une catastrophe écologique sont maintenant partout. Au fil des dernières années, les journaux les plus sérieux, comme le Guardian et le New York Times, ont publié des articles alarmants sur la surexploitation des sols, la déforestation, l’effondrement des populations de poissons et d’insectes. Ces crises sont dues à la croissance économique globale, ainsi qu’à la consommation qui l’accompagne, qui détruisent l’écosystème terrestre et explosent les curseurs-clés de la planète, ceux que les scientifiques exhortent à respecter pour éviter de déclencher un effondrement.

Beaucoup de décideurs leur ont répondu en poussant vers ce que l’on appelle maintenant la « croissance verte ». Tout ce qu’on a à faire, disent-ils, est d’investir dans de nouvelles technologies, plus efficientes, et de pousser le monde dans la bonne direction ; et nous serons en mesure de continuer à croître tout en réduisant notre impact sur la nature – impact qui est déjà à un niveau non soutenable. En termes techniques, le but est d’arriver à un « découplage absolu » du PIB et de l’utilisation des ressources naturelles, selon la définition des Nations Unies.

Cela ressemble à une solution élégante à ce problème potentiellement catastrophique. Il n’y a qu’un souci : de nouvelles données suggèrent que la croissance verte (aussi connue sous le nom de développement durable) n’est pas la panacée que tout le monde espérait. En réalité, ce n’est même pas le début d’une solution.

La croissance verte est devenue un concept à la mode en 2012, à la conférence des Nations Unies sur le Développement Durable, à Rio de Janeiro. Lors des préparatifs de cette conférence, la Banque Mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’UNEP (Programme des Nations Unies pour l’Environnement) ont toutes trois produit des rapports en faveur de la croissance verte. Aujourd’hui, c’est une pièce centrale des Objectifs de Développement durable des Nations Unies.

Mais la promesse du développement durable, finalement, semble plus basée sur un vœu pieux que sur la science. Depuis la conférence de Rio, trois études majeures, basées sur l’observation participante, sont arrivées à la même conclusion : même dans les meilleures conditions, le découplage absolu du PIB et des ressources naturelles n’est pas possible à l’échelle mondiale.

Une équipe de scientifiques dirigée par la chercheuse allemande Monika Dittrich a commencé à lever un doute dès 2012. L’équipe a utilisé un modèle informatique pour prédire l’utilisation globale des ressources naturelles si la croissance économique continue à son rythme actuel, environ 2 à 3% par an. Cette étude a déterminé que la consommation humaine des ressource naturelles (incluant le poisson, le bétail, les forêts, les métaux, les minéraux et les combustibles fossiles) augmenteraient, de 70 milliards de tonnes par an (en 2012), à 180 milliards de tonnes par an en 2050. Pour rappel, le niveau durable d’utilisation des ressources est d’environ 50 milliards de tonnes/an ; un cap que nous avons franchi en l’an 2000.

L’équipe allemande a ensuite réutilisé son modèle pour déterminer ce qui se passerait si tous les pays du monde, ensembles, adoptaient immédiatement les meilleures pratiques d’utilisation des ressources – une hypothèse extrêmement optimiste. Les résultats se sont améliorés ; mais restaient tout de même à 93 milliards de tonnes/an en 2050. C’est toujours beaucoup plus que ce que nous consommons aujourd’hui. Brûler toutes ces ressources est difficile à décrire comme un découplage absolu ou un développement « durable ».

En 2016, une deuxième équipe de scientifiques a vérifié une autre hypothèse, une hypothèse dans laquelle les pays du monde entier se mettraient d’accord pour aller plus loin que l’état de l’art en termes d’efficience. Dans leur meilleur scénario, les chercheurs imaginant une taxe carbone de 236 dollars la tonne – contre 50 dollars actuellement – ainsi que des innovations techniques en mesure de multiplier par deux le rendement de notre utilisation des ressources. Leur résultat fut presque exactement identique à celui de l’équipe de Dittrich. Dans ces conditions, avec une croissance de 3% par an, leur algorithme a déterminé une consommation de 95 milliards de tonnes en 2050. Toujours pas de découplage absolu.

Enfin, l’année dernière (en 2017), l’UNEP – qui était auparavant un grand défenseur de la théorie du développement durable – a contribué au débat. Ils ont testé un scénario dans lequel la taxe carbone monte à 537$ la tonne, ajouté une taxe sur l’extraction des ressources, et imaginé de rapides progrès technologiques, impulsés avec l’aide des gouvernements. Le résultat ? 132 milliards de tonnes en 2050. Ce résultat, pire encore que ceux des précédentes études, est dû au fait que l’UNEP a pris en compte l’ « effet rebond », où les améliorations du rendement des matières premières entraînent une baisse des prix, augmentant par là-même la demande, et annulant une bonne partie des économies de ressources.

Etude après étude, on retrouve les mêmes résultats. Les scientifiques commencent à réaliser qu’il y a des limites physiques au rendement que l’on peut atteindre. Bien sûr, nous pourrons probablement fabriquer des voitures, des iPhones et des gratte-ciels avec moins de ressources, mais nous ne pourrons pas les produire ex-nihilo. Peut-être que l’économie passera graduellement plus vers le tertiaire, comme l’éducation ou les cours de yoga, mais même les universités et les salles de gym ont besoin de matériel.

Lorsque nous aurons atteint les limites de rendement, toute croissance, aussi minime soit-elle, augmentera mathématiquement l’utilisation des ressources naturelles.

Ces problèmes jettent un froid sur tout le concept de développement durable, et nous demandent d’y repenser d’une manière radicalement différente. Les trois études citées plus haut étaient basées sur des curseurs placés d’une manière très optimistes. Nous ne sommes absolument pas sur le point d’instaurer une véritable taxe carbone globale, et certainement pas à 600 dollars/tonne ; d’autre part le rendement des ressources naturelles est, actuellement, sur une pente descendante. Et pourtant ces études nous indiquent que, même en faisant tout au mieux, le découple absolu du PIB et des ressources est un but inatteignable, et que nos problèmes environnementaux vont continuer d’empirer.

Empêcher cela demandera un changement radical de paradigme. Des taxes élevées, des innovations technologiques pourront nous aider, mais ne seront pas suffisantes. La seule chance réaliste que l’humanité aie pour éviter un effondrement écologique, serait d’imposer des quotas stricts sur l’utilisation des ressources, comme l’a récemment proposé l’économiste Daniel O’Neill. De tels quotas, imposés par les gouvernements nationaux ou par des traités internationaux, pourraient permettre d’éviter d’extraire plus de la Terre (et de l’eau) que la planète n’est capable de régénérer. Nous pourrions aussi laisser de côté le PIB en tant qu’indicateur de succès économique, et utiliser des mesures plus équilibrées, comme l’Indicateur de Progrès Véritable (IPV), qui prend en compte pollution et utilisation des ressources naturelles. Utiliser l’IPV nous aiderait à maximiser les résultats positifs socialement tout en minimisant notre impact écologique.

Dans tous les cas, la conclusion est évidente. A long terme, ramener notre civilisation à un niveau planétairement acceptable nous forcera à nous libérer de notre dépendance à la croissance – en commençant par les pays riches. Cela semble plus terrifiant que ça ne l’est réellement. En terminer avec la croissance ne veut pas dire arrêter toute activité économique – cela signifie simplement que l’année prochaine, nous ne produirons, et ne consommerons, pas plus que cette année. Cela signifie aussi de se détourner des secteurs particulièrement polluants et tout à fait inutiles à la vie humaine, comme la publicité, les déplacements pendulaires ou encore les produits à usage unique.

En finir avec la croissance ne veut pas pour autant dire que nos standards de vie doivent en pâtir. Notre planète fournit largement suffisamment pour nous tous ; mais ses ressources sont très inégalement réparties. Nous pourrions, dès aujourd’hui, améliorer la vie des gens rien qu’en partageant ce qui est disponible, sans ravager la Terre pour en avoir plus. Peut-être que la fin de la croissance sera synonyme de meilleurs services publics ? De revenu universel ? Ou peut-être d’une semaine de travail plus courte, permettant de diminuer la production sans augmenter le chômage. C’est le genre de politiques – celles-ci, et beaucoup d’autres – qui nous seront cruciales pour non seulement traverser le XXIème siècle, mais aussi s’y épanouir.

Cet article et la photo ont été publiées à l’origine dans Foreign Policy Magazine, en 2018.

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