Strava Auto Start Stop: une app Android pour démarrer Strava automatiquement

Ce week-end, je me suis souvenu que quand j’ai eu mon nouveau téléphone, il comptait mes pas tout seul, et j’ai cherché pourquoi. Il se trouve qu’il y a un service Google Play qui permet aux développeurs de récupérer l’activité de l’utilisateur (marche, course, vélo, etc), et j’ai décidé d’essayer de développer ma première app Android : Strava Auto Start Stop.

J’utilise Strava depuis quelques années et je le trouve extrêmement utile pour suivre mon kilométrage, mais parfois j’oublie de le lancer chaque matin et chaque soir quand je vais travailler.

Le développement s’est passé bien mieux que je ne pensais au départ, et je crois que j’ai une bonne petite app fiable, qui démarre une activité Strava automatiquement quand je commence à faire du vélo (ou à courir) (ça n’arrive jamais) (sauf ce week-end où j’ai fait plein de tours dans le jardin pour tester, au grand amusement de ma copine et mes voisins). C’est une app simple avec une page de réglages et un composant en arrière plan qui suit ce qu’il se passe :

Comme elle n’utilise pas le GPS, et tire avantage des Google Play Services, elle n’a pas l’air de tirer de manière notable sur la batterie, ce qui me fait bien plaisir.

Je l’ai publiée sur Google Play : Strava Auto Start Stop, et j’en suis plutôt fier ! J’espère qu’elle servira à d’autres étourdis :)

Strava Auto Start Stop: an Android app to automatically start Strava rides

This week-end I remembered that when I got my new phone, it counted my steps on its own, and I looked up why. I discovered that there’s a Google Play Service that enables developers to get the user’s activity (walking, running, cycling etc) and I decided to try to code my first Android app: Strava Auto Start Stop.

I use Strava since a few years and find it great to keep track of statistics , but sometimes I forget to start it each morning and evening when commuting.

Development went much better than I expected and I think I have a good and reliable app that starts a Strava activity if I start bicycling (or running) (for completeness, because I never run) (apart this week-end where I went around the garden numerous times for testing). It’s a simple app with a settings page and a background component that keeps track of what happens :

As it doesn’t use GPS, and takes advantage of Google Play Services, it doesn’t seem to take a noticeable toll on the battery, so I’m quite happy about that.

I published it on Google Play : Strava Auto Start Stop, and I’m quite proud about it! I hope it’ll help other forgetful people :)

Les freins psychologiques et réels au vélo en ville

Il m’arrive régulièrement de parler de transport, et plus spécifiquement de vélo, avec des gens, soit des ami.e.s, soit des inconnu.e.s sur les réseaux sociaux. Peut-être parce que j’apprécie beaucoup me déplacer à vélo, vous avez pu le remarquer.

Souvent ces personnes se rendent bien compte que se déplacer en voiture, c’est inoptimal au mieux, horripilant au pire. Iels disent perdre un temps fou dans les bouchons, que ça leur prend une heure vingt de faire dix kilomètres, que c’est stressant.

Mais généralement, iels considèrent c’est de la faute des politiques de transport. Il faudrait plus de routes, plus de voies sur la rocade, etc. Factuellement, un siècle d’automobile a prouvé maintes et maintes fois qu’en matière de transport, la demande suit l’offre, et que lorsqu’on ajoute de la capacité de transport routier, plus de véhicules l’utilisent, et l’on se retrouve dans la même situation qu’auparavant : dans un bouchon, avec plus de voitures. Certain.e.s utilisent une analogie qui me plaît bien : ajouter des routes pour lutter contre l’encombrement routier, c’est comme desserrer sa ceinture pour lutter contre l’obésité.

Bref. À certain.e.s, lorsque je suis motivé, de bonne humeur, ou que j’ai l’impression qu’iels sont réellement dans une optique de résolution de problème, je leur suggère d’utiliser leur vélo pour leurs petits ou moyens trajets : en dessous de dix kilomètres, soit trente à quarante minutes de vélo sans trop forcer, c’est absolument envisageable et les avantages sont objectivement là : c’est plus rapide, c’est plus fiable. Un troisième avantage subjectif : c’est plus agréable (je dis subjectif, car je sais que certains sont allergiques au vélo. Les goûts et les couleurs !)

Mais, bien souvent, ma suggestion se heurte à un barrage de DCA de contre-arguments, dont le but est de justifier qu’une heure de vélo par jour, décidément, ce n’est pas envisageable. C’est à ces arguments que j’arrive à distinguer les personnes de bonne foi, celleux qui ont réfléchi ou réfléchissent activement à trouver des solutions, et celleux qui sont là pour se plaindre, mais ne comptent pas changer leurs habitudes, attendant plutôt qu’on les résolve à leur place.

Je vais commencer par citer les arguments qui ressortent le plus souvent et que je considère comme fallacieux, et je vous donnerai ensuite ceux que je considère comme valides. Sans faire durer le suspense : les arguments valides, je ne les entends presque jamais.

Tout ceci s’applique aux personnes qui, comme moi, vivent en ville ou en périphérie proche. Pour les campagnes et les déserts comme la Creuse, le Gers, où les distances s’allongent beaucoup et la densité baisse beaucoup, évidemment, le vélo est beaucoup moins facilement une solution, mais de toutes façons, dans ces cas là, les problèmes de congestion sont quasiment inexistants.

Tout d’abord il y a les arguments organisationnels :

  • Comment faire pour amener les enfants à l’école ? Bon. J’ai remarqué en observant mes enfants et ceux des autres qu’ils sont à peu près tous dotés d’une paire de jambes et qu’elles sont tout à fait utilisables pour aller à l’école. Soit à pieds, soit à vélo. En zone urbaine dense, tant que les enfants sont scolarisés dans la carte scolaire, les écoles sont proches du domicile. 500m ou 2km, ça se fait vite, à vélo, même avec des enfants. Lorsqu’ils sont petits, une draisienne, un siège bébé, un vélo cargo, tout cela est non seulement possible, mais aussi agréable. Pour les enfants scolarisés hors carte scolaire, je considère que celleux qui refusent d’utiliser les infrastructures mises à leur disposition perdent le droit de se plaindre que les infrastructures sont inadaptées.

  • Comment faire pour les courses ? Chacun.e a sa propre façon de faire les courses, c’est sûr. De mon côté, si j’ai des choses à acheter en rentrant du travail, ce sont “les trucs qui manquent” (du pain, un ingrédient ou deux du repas du soir, etc.), pas “le plein du mois”. Cela rentre facilement dans une ou deux sacoches, ou un sac à dos. Bonus : à vélo, on peut se garer au plus près des commerces et on gagne du temps. Je connais des gens qui font les grosses courses du mois après le travail (parfois en magasin, parfois par Chronodrive ou assimilé). Mais je ne vois pas en quoi ça empêche d’utiliser son vélo le reste du temps. On peut très bien envisager de prendre la voiture une fois de temps en temps quand cela se révèle utile. Personne n’a dit qu’une fois qu’on a décidé d’aller bosser à vélo, on est censé brûler sa voiture devant une permanence d’EELV.
  • Après il y a celleux qui pensent aux autres : Comment faire pour déposer sa grand-mère invalide, comment faire quand on est artisan-plombier avec cinq radiateurs et une chaudière à installer ? Excusez-moi, mais je ne vois pas le rapport, on n’est pas en train de parler d’interdire totalement l’utilisation de véhicules motorisés, si ? On est juste en train d’envisager, soi-même, d’utiliser un vélo pour faire un relativement court trajet à vide ou presque (une gamelle pour le midi, un ordinateur portable, … a-t’on vraiment besoin d’une voiture pour transporter cette lourde charge ?)

On trouve ensuite les arguments météorologiques :

  • Comment faire quand il fait chaud, on transpire ? Ah oui. Tout le monde transpire quand il fait chaud. Sauf condition médicale, la sueur, ça sèche, et ça ne sent pas mauvais quand on est propre. Certain.e.s ont un travail où il faut avoir l’air “respectable” face aux clients, costard ou tailleur par exemple. On peut envisager de se changer, peut-être. Ou de rouler moins vite, ou d’utiliser un VAE (vélo à assistance électrique) pour se donner moins chaud.
  • Comment faire quand il fait froid, on a froid : Alors justement non, ou alors pas longtemps, juste au début. Ce qui est pratique avec l’effort physique, c’est qu’on peut le doser, et si le besoin de se réchauffer apparaît, on peut appuyer plus fort sur les pédales.
  • Comment faire quand il pleut, ça mouille : Personnellement, je ne suis pas en sucre et ne fonds pas sous la pluie. D’autre part, on trouve assez facilement, chez Decathlon ou ailleurs, des vêtements imperméables qui permettent d’éviter d’être mouillé. C’est une avancée majeure de notre civilisation qui date du XIIIe siècle ou avant, selon ce que l’on entend par “imperméable”. On peut utiliser une veste, ajouter un sur-pantalon pour les grosses pluies, ou bien une cape de pluie, les solutions sont variées et il y en a pour tous les goûts.

Enfin, une dernière catégorie d’argument que je résume souvent par “le vélo c’est fait pour se promener à la campagne”, et qui sont des contre-vérités monumentales.

  • C’est dangereux le vélo, en ville. Petite parenthèse lexicale : non. Ce sont les voitures qui sont dangereuses, le vélo, pour sa part, est risqué, dans une certaine mesure : le deux-roues motorisé est beaucoup plus source d’accidents graves et mortels. Sur le fond, c’est faux aussi : les accidents graves et mortels de cyclistes ont lieu, en général, à la campagne, là où les voitures roulent vite. Il y a beaucoup de statistiques sur le sujet.
  • Le vélo, c’est pour les bobos qui se promènent, je travaille moi, je suis pressé. On a déjà établi que quand on est pressé.e, en ville, la voiture est la pire solution, la plus lente et la moins fiable ! Personnellement, je vais travailler à vélo parce que je suis pressé !
  • “Oui mais les vélos ils grillent les feux rouges”. À ce niveau là d’argumentation, retournez boire un pastis au PMU. Je ne vois pas en quoi le comportement de certain.e.s cyclistes peut valider ou invalider votre propre choix de mode de transport. D’autant qu’en regardant, des entorses plus ou moins grave au code de la route, tout le monde en fait : à pied, à moto/scooter, en voiture, en camionnette, en camion. Et plus le véhicule est gros et lourd, plus ces entorses mettent les autres en danger ; plus il est petit et léger, plus elles ne mettent que soi-même en danger. Youtube fourmille de vidéos de piétons, cyclistes et motards documentant ça.

Voilà qui conclut ma petite liste personnelle des arguments dépitants pour expliquer que décidément, non, c’est pas possible de faire ses petits trajets utilitaires à vélo.

Par contre, de ma propre expérience, j’ai tiré quelques arguments valables qui peuvent faire hésiter. De manière amusante, je ne les ai jamais entendus que de la bouche de personnes qui ont déjà essayé.

  • Comment faire quand il y a du vent ? Le vent, c’est la condition météo pénible à vélo. À Toulouse, quand on se prend trois ou quatre jours de vent d’autan dans la tronche, c’est un peu démotivant. Personnellement, dans ce cas là, je roule moins vite. On peut aussi décider, ces jours là, de prendre sa voiture ou les transports en commun. Encore une fois, ce n’est pas parce qu’on a décidé d’aller bosser à vélo qu’on a signé de son sang un contrat exclusif avec sa bicyclette.

  • Comment faire quand on est malade ? Ugh. C’est pénible, le vélo, malade. On n’avance pas, on a le nez qui arrive à être bouché et à couler en même temps, les yeux qui pleurent, la gorge qui gratte et les poumons en feu. On peut là aussi, décider de changer de mode de transport le temps que ça aille mieux. Ou de se faire arrêter. Ça évite de contaminer les collègues. (Personnellement, il faut que je sois vraiment mal pour me faire arrêter, et je pense ne pas être le seul dans ce cas : quand on a une convention collective de merde, et 10% de son salaire sous forme d’heures sup’, un arrêt de travail de trois jours, ça fait 25% de salaire en moins à la fin du mois grâce à la carence et aux heures sup’ qui sautent. Tout le monde ne peut pas se le permettre.)
  • J’ai peur de me faire voler mon vélo : en effet, le vol est un fléau qui n’a pas beaucoup de solutions efficaces à 100%. Pour moi, l’idéal est de pouvoir rentrer son vélo dans le garage/couloir/bureau. Si non, les mesures les plus fiables contre le vol, c’est : un ou deux bons antivols (des U) ; des axes de roues antivols, se garer dans un endroit passant à côté d’autres vélos moins bien attachés, et une option vélo dans l’assurance habitation qui couvre les vols hors domicile.
  • Les crevaisons. C’est tellement pénible de crever, et c’est l’une des rares causes d’un retard de dix à quinze minutes. Là aussi, il y a des solutions ou plutôt des “trucs” pour mitiger le problème : des pneus anti-crevaison comme ceux des Velib par exemple, ou bien apprendre à réparer une crevaison et garder un nécessaire dans le sac/sacoche. L’idéal étant de se trimballer une chambre à air de secours afin de s’épargner le rustinage au bord de la route. Au pire on peut toujours accrocher son vélo et prendre les transports en commun, et résoudre le problème le soir. Mais honnêtement, la crevaison, c’est le truc le plus pénible.

Voilà, je crois que j’ai fait le tour de ce que j’entends le plus souvent… Si j’en ai oublié, si vous avez des arguments qui vous agacent ou au contraire des arguments valides, je suis tout ouïe dans les commentaires !

Et ta connerie, on en parle ?

Salut, random internet stranger,

J’en ai un peu plein le fion de répéter toujours les mêmes choses aux mêmes conneries pleines de “bon sens” que je peux lire sous chaque article ou post évoquant la violence routière dont sont victimes les usagers faibles de l’espace public, à savoir les cyclistes et dans une moindre mesure les piétons.

  • “Oui mais eh les cyclistes qui brûlent les feux rouges, on en parle ?”
  • “Loin de moi l’idée de juger mais quand même les cyclistes qui roulent à deux de front ça donne envie de les shooter !”
  • “Ouais bah le jour où les cyclistes arrêteront de prendre les sens interdits, hein, à bon entendeur”
  • “On leur fait des pistes cyclables et ils viennent encore nous faire chier sur la route”
  • “Non seulement ils prennent toute la place mais en plus ils roulent lentement, j’ai pas que ça à faire d’attendre vingt secondes moi je travaille !”
  • “Nan mais faut voir comme ils roulent comme des tarés aussi ils vont beaucoup trop vite on n’a pas le temps de réagir”

Voilà, je crois que j’ai fait le tour de tes “arguments” justifiant la mort d’un cycliste.

Alors voilà : non, en n’en parle pas, en tout cas pas là. D’une part, si t’arrives pas à comprendre la différence entre un mec qui fait de la merde à 25km/h sur un vélo de douze kilos et celui qui fait de la merde à 70 km/h dans une bagnole d’une tonne cinq, et ben t’es con.

D’autre part, si tu veux que je fasse pas que t’insulter, je peux aussi répondre sommairement à chacun des lieux communs indignes du PMU du coin que t’as pu éructer sur ton smartphone.

  • Les feux rouges. Je sais pas quand t’as passé ton permis mais si tu te tiens pas au courant des évolutions c’est un peu de ta faute. Ça fait plusieurs années qu’il y a des petits panneaux mignons qu’on appelle des CLPCF (Cédez le passage cycliste au feu). C’est exactement la même chose que la petite flèche orange clignotante qui peut autoriser les voitures à tourner à droite à un feu, sauf que c’est pour les cyclistes et c’est pareil : c’est pour tourner à droite (à un carrefour en T) ou aller tout droit (à un carrefour en -| ). Ça veut dire qu’à vélo t’as le droit de passer au rouge. En cédant le passage aux piétons qui traversent et aux voitures qui ont le feu vert. La plupart des cyclistes que tu vois passer au rouge et qui te causent tant d’indignation dans ta voiture parce que ça fait trois cycles que tu poireautes à cause des bouchons, c’est ça.
  • Pour ceux qui grillent vraiment les feux rouges, j’ai un scoop pour toi : les feux rouges, les mecs les grillent aussi en bagnole ou à scooter. L’autre scoop c’est que le mec à poil sur son vélo de dix kilos, s’il est trop con pour faire attention, c’est pas toi ou ton gamin bien à l’abri dans ton SUV de merde qui va se retrouver à l’hosto ou à la morgue.
  • Ah oui les cyclo-sportifs qui roulent à deux de front quelle plaie hein, des fois faut attendre une minute entière pour les doubler, alors que s’ils étaient à la file indienne tu pourrais les doubler direct sans déboîter un poil parce qu’il y a un semi en face, et s’ils se prennent dans ton rétro bah ils avaient qu’à serrer plus, hein ! Trois choses, trou du cul. D’une part un peloton à deux de front c’est deux fois moins long à doubler, c’est donc d’autant moins dangereux parce que t’as pas besoin d’avoir un kilomètre de visibilité. D’autre part, ça force les gens normaux à déboîter pour doubler et donc à laisser une marge de sécurité (1.50 mètre la marge, c’est dans le code de la route que tu te targues de si bien connaître). Et enfin, quand tu te retrouves derrière un tracteur, t’arrives bien à patienter et à t’écarter pour doubler, non, ou pareil tu le pousses dans le bas-côté ?
  • Les sens interdits, pareil que les feux rouges, tiens toi au jus, t’as l’air d’un vieux sénile, ça fait bientôt quinze ans que les double-sens cyclables ça existe et maintenant c’est la norme dans toutes les villes dignes de ce nom. Et tu sais ce que ça veut dire double sens cyclable ? Avec des mots simples ça veut dire que c’est pas un sens interdit pour les cyclistes. Et viens pas me dire que c’est dangereux parce que tu vas m’énerver. C’est moins dangereux de croiser que de doubler parce que c’est du côté du conducteur et parce que ça dure moins longtemps. Et doubler des cyclistes dans des rues étroites limitées à 30, ça t’as pas l’air de trouver ça dangereux, vu comme t’es pas foutu de patienter cent mètres et que tu forces comme un forceur alors que le feu au bout est rouge.
  • Les pistes cyclables sur lesquelles on n’est pas, devine, on a de bonnes raisons de pas être dessus, et la plupart de ces bonnes raisons c’est encore ta bagnole et celles de tes dégénérés de collègues de bouchons infoutus de réfléchir en se mettant à la place de quelqu’un d’autre. Sur les pistes cyclables on trouve 1/ du verre 2/ des piétons 3/ un cédez-le-passage à chaque croisement 4/ des trouducs qui tournent à droite sans faire gaffe à la piste et coupent la route 5/ des bolosses garés comme des merdes parce que le parking à 100 mètres c’était trop fatiguant y’en a que pour cinq minutes etc. Ça vaut aussi pour les bandes cyclables. (Hey, et avant de la ramener en me disant qu’elles sont obligatoires, retourne dans le code Rousseau te rappeler de la différence entre un panneau bleu rond et un panneau bleu carré. Merci).
  • Alors ça c’est clair quand t’es derrière un connard de cycliste écolo bobo gauchiasse c’est dramatique comme il se traîne, à peine à 20 km/h alors que tu pourrais accélérer au moins à 40 jusqu’au prochain bouchon ou feu rouge que tu vas te taper deux fois parce que les débiles de l’autre branche du croisement s’engagent à l’orange et restent bloqués. Alors que t’es pressé toi tu travailles. Et le cycliste écolo dans la circulation à 8h30 ou 17h30 tu crois qu’il fait quoi lui, il va aux champignons ? Bah non gros, lui aussi il bosse.
  • Par contre quand tu lui as cramé la priorité ou que t’as tourné à droite juste après l’avoir doublé et qu’il vient te reprocher d’avoir dû piler pour pas finir sur ton capot, là d’un seul coup il roulait beaucoup trop vite c’est dangereux, hein ? En plus il a l’air énervé ce con, c’est pas comme si tu l’avais touché hein !

Alors la prochaine fois que tu vois un article qui parle d’un cycliste dans le coma parce qu’il s’est fait dégager de la route par un sociopathe, sois gentil : ferme ta gueule, prends un vélib, pose ton cul dessus, fais deux heures de vélo dans ta ville, et après tu pourras peut-être commencer à donner ton avis. Ça vaut aussi si le mec s’est fait tuer après avoir fait de la merde. Toi aussi tu fais de la merde avec ton smartphone, tu accélères à l’orange, tu roules trop vite, tu t’arrêtes pas pour les piétons. Sauf que toi quand tu fais de la merde c’est pas ta vie dans la balance, c’est la mienne ou celle de mon fils.

Et si t’as envie de laisser un petit commentaire pour me dire que je suis agressif et je devrais faire preuve de pédagogie et je dessers ma cause. Tu sais quoi, toi aussi tu seras agressif quand ça fera dix ans que t’entendras des conneries irréfléchiées sur un sujet qui te concerne. Alors retiens toi.

“Barrage au FN”

Les élections présidentielles 2017 sont enfin derrière nous et ça va me reposer. J’en avais marre de faire des cauchemars de politique.

Cette fois ci j’étais beaucoup plus enthousiaste que les précédentes fois. Après cinq ans de gouvernement Hollande où, sortis du mariage pour tous, on a surtout vu à l’oeuvre une politique sociale que même les Républicains n’auraient peut-être pas osé, le projet de Mélenchon, malgré quelques réserves, me semblait honnêtement et profondément social. Pas de chance, il n’était pas présent au second tour et nous avons eu droit à un duel Macron / Le Pen, capitalisme / fascisme. Trois points étaient particulièrement rageants pour moi pour ce second tour : déjà, il paraît que plus de la moitié des votes Macron étaient un vote utile et non un vote d’adhésion. Deuxièmement, Fillon a fait deux cent mille voix de plus que Mélenchon, malgré des casseroles monumentales au cul alors qu’il se présentait comme le candidat de la droiture. C’est un peu moche.

Troisièmement, j’ai passé quelques jours à hésiter à aller voter au deuxième tour : le programme de Macron me semblant lui aussi dévastateur. Certes, pas dévastateur comme celui d’Hitler dans les années trente, pas aussi binaire que celui de Le Pen l’est à grands coups de discriminations, de libération de la parole raciste et de ratonnades. Mais dévastateur malgré tout. Cela fait des années que l’on essaie de juguler le chômage à grands coups de précarisation et si cela limite la casse au niveau des chiffres nationaux, ça fait souffrir du monde, beaucoup de monde.

Alors on a eu Macron / Le Pen au deuxième tour et il fallait faire barrage au fascisme, alors je l’ai fait car j’ai été élevé dans une famille cultivée au sein de laquelle on m’a appris et expliqué les ravages du fascisme sur le monde. Je me suis motivé pour aller voter contre Le Pen, “pour Macron”, tout en étant intimement persuadé que la politique qu’il envisage ne fera qu’augmenter la précarité, la misère sociale et le sentiment d’exaspération qui habite de plus en plus de Français. Entre la souffrance des étrangers, homosexuels, basanés et précaires d’un côté, et la souffrance de juste les précaires d’un autre côté, j’ai choisi. Après tout, ils ont l’habitude.

Malgré cela j’ai ressenti de l’empathie pour ceux qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas faire un choix. Les abstentionnistes qui ont été pendant quinze jours le déversoir de toute la haine du Front National, les lâches hommes blancs hétéros privilégiés qui refusent de faire barrage à la bête. Que parmi ces gens il y ait des chômeurs en fin de droit, des précaires de longue durée, des rejetés de la société, on n’en a pas parlé. Que l’électorat frontiste ait pris presque trois millions de voix de plus qu’au premier tour en 2002, on n’en a pas parlé. Que les électeurs de Fillon aient compté reporter leur voix sur le FN deux fois plus que les électeurs de gauche, non plus : non, l’accession au pouvoir de Le Pen, ça allait être la faute des abstentionnistes de gauche. Les bâtards.

Le deuxième tour a eu lieu et il était sans surprise, avec une abstention record, des reports de voix vers Macron de partout (et surtout de la gauche), des reports de voix vers Le Pen de partout (et surtout de la droite).

(source)

Et les premières choses que j’ai lu ? Des reproches aux abstentionnistes, tellement égoïstes qu’ils ne sont pas allés voter faire barrage. Les trois millions de voix supplémentaires pour le FN (qui leur fait passer la barre des dix millions) ? Ça n’a pas l’air de gêner grand monde. Les fachos ont doublé leur base électorale depuis 2002 (en 2002, il n’avaient eu que 700.000 voix supplémentaires au deuxième tour), il y a maintenant un français sur sept qui peut voter Front national, mais ça on s’en fout, l’important c’est ceux qui n’y sont pas allés.

Pour moi, cette abstention ça veut surtout dire que la ligne politique de ces quinze dernières années, ça ne va plus suffire : “Hey les gars, business as usual et dommage pour vous si vous en souffrez, d’tfaçons c’est ça ou le Front National”. En 2022, ça ne va pas être assez.

C’est facile pour des gens comme moi de rester droit dans leurs bottes et rejeter la haine. J’ai un bon boulot. J’ai un bon salaire. Je bosse dans un domaine où le chômage est très faible. J’ai une chouette qualité de vie et je suis heureux.

Pour des gens qui enchaînent des contrats d’intérim et des CDD au SMIC en prenant tout ce qui passe parce que sinon c’est rien, des gens qui se lèvent à 5h30 du matin pour aller bosser super loin de chez eux et qui s’ajoutent deux heures de transport à leur journée parce que de toutes façons ça sert à rien de déménager c’est que pour trois mois et puis en plus personne voudrait leur louer autre chose parce que leur situation n’est pas assez stable, pour des gens qui doivent justifier toute leur précarité et leurs dépenses tous les trois mois pour toucher un RSA et pouvoir bouffer des pâtes, le discours “tout sauf le FN”, il passe moins bien.

Alors l’abstention, dans ce cas de figure, elle a déjà plus de gueule que de jeter l’éponge et aller voter FN dans l’espoir de voir sa propre condition s’améliorer.

Et puis ceux qui se sont abstenus, ils se sont fait insulter quinze jours, comme moi qui en considérais la possibilité. Mais eux qui n’ont pas changé d’avis, ils ne sont pas fait ré-insulter trois heures après la sortie des urnes en se faisant expliquer que “65% des Français ont choisi Macron” ou même “une grande majorité des Français adhèrent au programme de Macron”.

Sérieusement ?

La prochaine fois, si la classe politique compte faire barrage efficacement au FN, j’ai des suggestions :

  • Arrêtez d’inviter Philippot et compagnie un jour sur deux sur BFM
  • Arrêtez de monter en épingle des faits divers du genre du burkini
  • Arrêtez de ratisser sur les terres du FN avec du bullshit comme la déchéance de nationalité
  • Arrêtez de regarder le FN à 25% dans les sondages sans sourciller, puis de commencer à pousser les hauts cris à base de “dictature Castro-Chavezienne” quand la gauche “radicale” arrive à 18% d’intention de vote
  • Arrêtez les lois asociales à grands coups de 6 x 49.3
  • Arrêtez de vous foutre de notre gueule

Ah, mais peut-être que ça vous arrange pas ?

news for few, stuff no-one cares about