Le jour du dépassement, les colibris et les autres

Depuis plusieurs années, notre surconsommation de ressources est symbolisée par le « Jour du dépassement », le jour de l’année où l’on a consommé toutes les ressources que la Terre est capable de fournir en un an.

Fort logiquement, si l’on arrive à ce jour avant le 31 décembre, cela signifie qu’à long terme, nous manquerons de ressources, car elles ne se renouvelleront plus assez vite. Dans les années 70, le Jour du Dépassement arrivait fin décembre. On tirait, un tout petit peu, sur la corde.

Cette année, en 2018, il est arrivé le 1er août, à peine à 7 douzièmes de l’année. Il est évident que c’est problématique.

Depuis longtemps, cette surconsommation m’agace, et je suis prompt à râler sur mes concitoyen·ne·s qui n’en ont rien à carrer. Celleux qui prennent la voiture pour aller chercher leur sandwich à la boulangerie à 500m, parce que là il pleut fort, quand même. Celleux qui laissent le moteur tourner, fenêtres fermées pour la clim, en attendant leur rendez-vous, parce que là il fait chaud, quand même. Celleux qui règlent la climatisation à 19°C en pleine canicule et le chauffage à 26°C en plein hiver. Celleux qui s’installent à 30km de la ville, pour avoir assez de place pour installer une piscine (chauffée si possible !), et qui dépendent intégralement d’une voiture par personne pour pouvoir vaquer à leurs occupations.

Bref :

Je juge !

Tandis que moi, tel le colibri de la fable de la secte de Pierre Rahbi qui sait bien que ce n’est pas avec ses gouttes d’eau qu’il va éteindre le feu de la forêt mais qui fait quand même sa part, tandis que moi donc, je m’efforce de ne pas déplacer 1 tonne de voiture sur 9km pour aller travailler, je trie bien mes déchets et je fais du compost, je n’imprime pas cet email et j’éteins l’eau quand je me brosse les dents.

Je me rends bien compte que ça ne sert à rien, mais ça donne l’impression d’essayer. Parce que sinon, les alternatives sont peu enthousiasmantes : on pourrait

  • voter Vert. Ça sert à rien, ils seront jamais élus. Mais on pourrait dire qu’on a voté vert.
  • tout plaquer pour aller vivre dans des yourtes avec les autres hippies. C’est un peu engagé, et puis les dernier·e·s qui ont essayé se sont pris de la grenade GLI-F4 par dizaine dans la gueule.
  • Décider que fuck it, et espérer que ça ira à peu près jusqu’à ce qu’on soit mort et nos enfants aussi (parce que quand même c’est triste de laisser un champ de bataille à nos enfants).

Parce que je me rends bien compte que ce qui serait nécessaire pour endiguer ça, c’est une volonté commune et mondiale. Une volonté politique. Une volonté politique contraignante, celle qu’on appelle l’écologie punitive, c’est la seule qui fonctionnera, parce que l’écologie joyeuse où on continue de consommer comme maintenant mais avec une voiture électrique et des panneaux solaires sur les toits ça suffira jamais, parce qu’environ toutes les industries qu’on sur-sollicite polluent horriblement.

  • L’industrie pétrolière pollue (on en a besoin pour les transports, le chauffage et à peu près toutes les autres industries).
  • L’industrie textile pollue.
  • L’industrie électronique pollue.
  • L’industrie agro-alimentaire pollue.
  • L’industrie du BTP pollue.
  • L’industrie des loisirs pollue.
  • (j’en oublie plein. Dites moi lesquelles en commentaire, ça changera des insultes)

Alors non, ça va pas être drôle quand ça sera devenu presque impossible d’acheter des vêtements pas chers, provenant de l’autre bout de la planète par bateau. Ça va être pénible quand les smartphones coûteront cinq fois plus cher que maintenant, qu’un billet d’avion sera inabordable sans casser le PEL, et que même remplir le réservoir de sa voiture sera réservé aux plus riches.

Sauf que voilà, si on se met à faire des efforts maintenant, ça va être problématique pour les plus riches actuels, justement. Ceux qui s’enrichissent sur le dos des travailleurs qu’ils exploitent (jusqu’à la mort) dans les usines de t-shirts à 4.99€, ceux qui s’enrichissent sur le dos des plus grandes forêts du monde sans se soucier d’où iront les orang-outangs qui y habitent, ceux qui réfrigèrent le permafrost artificiellement pour que les hydrocarbures qu’ils extraient puissent continuer à réchauffer le reste.

Si on arrête de les laisser faire, ils vont avoir moins d’argent. Ils ont besoin de tout cet argent pour que ça ruisselle. Non je blague. Ils ont besoin de tout cet argent pour pouvoir émigrer au Groënland quand le reste de la planète sera inhabitable.

Et s’ils ont moins d’argent, les gens qu’on élit pour nous représenter auront moins d’argent. Alors les gens qu’on élit laissent faire et facilitent. Ils votent des accords de libre échange commercial dans tous les sens, reculent sur l’emploi de pesticides, sur les hydrocarbures, déconstruisent les protections sociales et évidemment, rejettent toute amélioration des conditions des travailleur·euse·s. La stabilité, la solidarité, ça coûte cher.

(Oui, je fais des raccourcis, faites moi un procès).

Jusqu’à l’année dernière, je m’étais fait une raison : depuis aussi loin que je m’en souvienne, aucun de nos élus successifs n’en avait quoi que ce soit à foutre de l’écologie. Alors qu’ils se soient comportés comme s’ils n’en avaient rien à foutre, finalement, c’était pas plus choquant que ça.

Mais cette année, ça m’a particulièrement agacé, parce que la bande de bras cassés* qui est actuellement aux commandes fait semblant que ça l’intéresse :

 

 

Et je pense que j’avais jamais vu autant de cynisme dans un seul gouvernement. Alors j’ai râlé sur Twitter, et comme j’avais encore envie de râler après, j’ai râlé ici.

Mais si ça se trouve je me trompe complètement et heureusement qu’on fait comme maintenant, parce que si les pauvres étaient moins pauvres et les riches moins riches ce serait pire :

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