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De la difficulté des interactions virtualité / réalité.


Le monde virtuel, commandé par signaux électriques des ordinateurs a toujours et aura encore longtemps des problèmes à accéder à la matérialité du monde externe dans lequel nous vivons, et ce, malgré les tentatives toujours réitérées de simplifier la tâche aux utilisateurs.

J'ai été amené à réfléchir à ces difficultés évidentes après un stage dans le cabinet d'architecture de mon père.

La création de documents divers - textes, graphiques, photos numériques ou numérisées retouchées, plans - est de plus en plus facile et intuitive sur une interface informatique courante. Ce texte est par exemple tapé avec le logiciel WordPad de Windows (que nous sommes tous obligés de connaître, malgré ses nombreuses lacunes), sans difficulté de quelque ordre que ce soit.
En effet, depuis un certain temps déjà, l'époque du C:\> est révolue ( à cause de sa soi-disant complexité, qui empêchait l'explosion de la micro-informatique dans les foyers du monde entier - et donc qui empêchait l'augmentation exponentielle du chiffre d'affaires de certaines entreprises - trusts ? - qui gouvernent le marché et son potentiel énorme à leur guise), et des efforts incessants bien que parfois laborieux sont portés dans le sens de la simplification et de l'intuitivité.

La création d'un petit journal au format A3, avec une mise en page quasiment digne des quotidiens célèbres en France, commence donc à être à la portée du premier venu, grâce aux "lourdeurs" des logiciels - je veux dire lourdeurs physiques en occupement sur disque -, dues aux ajouts, de tous les côtés, d' "assistants", censés guider l'utilisateur dans sa démarche créationnelle : l'exemple des logiciels de la suite Microsoft Office 97 ou de Microsoft Publisher, où ces "assistants" sont partout, démontre ceci d'une manière flagrante : une bulle d'aide s'affiche automatiquement à l'enregistrement du travail, expliquant succintement que le bouton OK sert à valider l'enregistrement et que le bouton Annuler sert, lui, à annuler - justement.

Ceci peut donner à penser que les principales entreprises de développement cherchent à faire plus de bénéfices en visant un public non-spécialiste, d'une part, et en se donnant les moyens de fermer la Hot-Line technique de leurs logiciels, d'autre part - soit dit en passant.
La première partie de la création d'un document est donc relativement facile à aborder et à mener à bien - d'autant que chaque action est réversible : les actions que vous mènerez dans les mondes virtuels n'auront jamais aucune conséquence dommageable, grâce à la commande Annuler, omniprésente dans les menus "Edition". Vous pouvez d'ailleurs être tentés de jouer au sorcier à cause de cet état de choses - attention cependant à la commande FORMAT : l'Annuler qui lui correspond, UNFORMAT, n'a jamais voulu fonctionner lorsque j'en ai eu besoin.

Vous avez donc réussi à obtenir, sur votre écran (dont l'image est constituée d'électrons projetés vite et fort sur la vitre qui vous fait face, ne l'oubliez pas), un travail merveilleux dont vous êtes, à juste titre, fier, et dont l'image dans votre logiciel WYSIWYG (What You See Is What You Get - concept pratique, il faut l'avouer, mais dont le côté grand-public et tambouille secrète est réducteur). L'heure est donc venue d'Imprimer : expédier cet alignement d'octets incompréhensible (en mode binaire bien sûr) vers le monde auquel nous appartenons - monde de matière, de lumière physique- sous la forme d'un document palpable, feuille déchirable, visible par tous et dont un nombre limité d'exemplaires existent - pas de Copier-Coller ici, ce serait trop facile, et c'est d'ailleurs matériellement irréalisable - vous pouvez toujours essayer de photocopier un Saint-Exupéry et aller acheter votre pain avec...

C'est là que toutes les graves lacunes apparaissent - celles dont je parlais dans le titre : l'incompatibilité totale entre monde virtuel - alignement en cercles concentriques de particules magnétiques orientées tournant sous les têtes de lecture à 7200 trs/m - et monde matériel - alignements et structures tri-dimensionnelles d'atomes formant le moindre des objets qui nous entourent.
Après avoir vérifié tous les réglages, vous lancez l'impression.
Mais vous n'avez pas vérifié tous les réglages - c'est impossible.
Vous avez oublié de mettre du papier dans votre imprimante - erreur difficilement récupérable ; vous pouvez donc tout de suite annuler l'impression et la relancer. Comme vous vous en êtes aperçu trop vite, le spooler n'a pas fini et monopolise le temps-processeur : votre demande d'annulation sera prise en compte trop tard - ou jamais. Vous pouvez jurer tant que vous voudrez, rien n'y fera - j'y reviendrai plus tard.
Ou bien vous avez absolument négligé de penser à spécifier l'orientation : portrait ou paysage ; or, il est prouvé que le driver sélectionne par défaut le mauvais format : le document sera rogné. Et vous vous en rendrez compte à la fin de l'impression - un quart d'heure plus tard si vous n'avez pas la chance de posséder une laser (ce que vous ne possédez probablement pas car une imprimante noir&blanc, c'est dépassé, mais une laser couleur coûte encore la prunelle des yeux). Avec un peu de malchance, il s'agissait d'une photo numérique : vous pouvez donc pleurer l'encre gâchée et le papier "qualité photo" hors de prix dont il ne vous reste qu'une feuille.


Ladite feuille va vous servir à l'impression finale : celle qui fonctionnera. Vous avez mis la feuille, spécifié l'orientation, la définition, taille du document, tout.

Alors enfin l'impression débute - c'est-à-dire que l'imprimante fait un bruit.

A ce niveau, vous avez tout bien fait - mais c'est sans compter avec les caprices du matériel : la feuille peut tout à fait ne pas être "aspirée" par la chose (d'où le message "pas de papier dans l'imprimante etc..."), ou bien partir de travers (avec sûrement dans ce cas, dépôt d'encre sur les rouleaux de l'imprimante), ou encore patiner (ce qui vous enverra un document tassé sur la feuille). Et quand il n'y a plus d'encre ? Le driver est censé le savoir, mais le garde souvent pour lui.

De temps en temps toutefois, tout se déroule bien et vous avez votre tirage - mais cette fréquence reste toujours loin des 100% que vous croyiez être en droit d'espérer.

La principale question serait de savoir si les problèmes sont dûs aux matériels ou aux drivers qui les gouvernent - de toutes façons, la même entreprise serait en cause : les seuls drivers pour imprimantes Canon sont développés par Canon, par exemple.

Enfin, pour clore le sujet et conforter cette théorie, il faut évoquer le fait que les seules pièces qui tombent en panne souvent dans un micro-ordinateur quel qu'il soit, sont tous les périphériques qui utilisent des pièces mécaniques : imprimantes, disques durs, lecteurs de disquettes et souris. Les claviers résistent de mieux en mieux au temps, étant donné l'usage de moins en moins important que l'on fait de ce périphérique "dépassé" (bientôt les logiciels de reconnaissance vocale risquent d'être fiables). Un microprocesseur, enfin, ne brûlera jamais s'il n'est pas overclocké, ou s'il l'est dans la limite du raisonnable.

© 2000, Colin Leroy


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